Devenir moine et vivre dans un monastère augmente l'espérance de vie, selon une étude scientifique publiée en Autriche
Une étude longitudinale germano-autrichienne révèle que les moines et les nonnes vivent significativement plus longtemps que la population masculine générale. La recherche, menée par l'étude monastique germano-autrichienne, montre que l'écart typique de longévité entre hommes et femmes disparaît pratiquement dans les communautés monastiques. Les résultats suggèrent que le mode de vie structuré et contemplatif des monastères peut contribuer à une espérance de vie accrue. L'étude enrichit la recherche sur la longévité en soulignant des facteurs non cliniques tels que la communauté, la routine et la spiritualité comme déterminants potentiels de la longévité.
3 months ago
De récentes recherches menées en Allemagne et en Autriche montrent que les moines et les moniales vivent nettement plus longtemps que la population générale, et que l’écart habituel de longévité entre hommes et femmes disparaît presque complètement au sein des communautés monastiques. 1
Le « German‑Austrian Monastery Study » a été lancé en 1997 sous la direction du démographe Marc Luy pour déterminer dans quelle mesure les différences d’espérance de vie entre les sexes sont d’ordre biologique ou liées au mode de vie. 1
Les chercheurs ont analysé les dossiers de près de 16 600 membres d’ordres religieux (9 569 religieuses et 7 022 moines) provenant de seize monastères en Allemagne et en Autriche. Le jeu de données comprend dates de naissance, niveaux d’études, antécédents familiaux, activités missionnaires et causes de décès, couvrant plus d’un siècle. 1
Les hommes vivant dans les ordres religieux ont une espérance de vie significativement supérieure à celle des hommes de la population générale. L’écart de mortalité entre hommes et femmes, qui s’élève à 4,45 ans en Autriche (80,15 ans pour les hommes nés en 2025 contre 84,6 ans pour les femmes), se réduit presque à un an au sein des communautés monastiques. 1
Le mode de vie monastique offre une routine quotidienne structurée, des relations sociales stables, peu de tabagisme ou de consommation de substances, ainsi qu’une surveillance collective de la santé. La prière et la méditation apportent stabilité émotionnelle, tandis que le sens du but spirituel renforce la résilience. 1
Dans la population générale, le niveau d’éducation influence fortement la longévité. Dans les ordres religieux, cet effet disparaît presque, les conditions de vie, l’accès aux soins et les ressources matérielles étant homogènes pour tous les membres. 1
Les résultats suggèrent que les déterminants sociaux et comportementaux – relations significatives, réduction du stress, rythme quotidien stable et sentiment de vocation – peuvent compenser les facteurs biologiques liés au genre. Ils offrent une perspective alternative aux stratégies de « longévité » souvent coûteuses et réservées aux plus aisés. 1
Alors que le secteur commercial promeut des traitements onéreux, des régimes spécialisés et des technologies de suivi, les moines ne cherchent pas à prolonger leur vie ; la longévité apparaît comme un sous‑produit d’une existence centrée sur le service, la discipline et la communauté. 1
Le German‑Austrian Monastery Study, presque trois décennies après ses débuts, fournit une preuve solide que des environnements communautaires fondés sur la foi, la routine et le soutien mutuel peuvent favoriser une vie plus longue et de meilleure qualité, rappelant que la longévité dépend autant des structures sociales que de la génétique. 1*
Comment la vie monastique influence-t-elle la longévité?
La vie monastique ne “garantit” pas la longévité au sens d’une cause mécanique, mais la tradition catholique montre qu’elle peut améliorer fortement la “qualité de vie” en vieillissant — et, selon la réflexion de l’Église sur la longévité, cette qualité de vie est intimement liée à la durée et au bien-être.
Dans un discours aux participants d’une conférence sur “Longevité et qualité de la vie”, le pape Jean-Paul II rappelle que la question ne se limite pas à “satisfaire des besoins primaires”, mais à maintenir la dignité personnelle et une existence accompagnée d’une activité adaptée à l’âge. Le texte insiste aussi sur le lien entre longévité et qualité de vie, et sur le danger que la personne âgée tombe dans l’isolement psychologique et l’exclusion familiale.
Autrement dit, la longévité peut être favorisée quand une vie offre :
C’est précisément ce que la vie monastique vise à structurer.
Le monachisme cherche à ordonner toute la journée autour de la prière et de la formation de l’homme intérieur. Par exemple, une tradition monastique souligne l’importance du silence : la “douceur des joies célestes” acquise dans le silence est dite devoir être gardée soigneusement, sinon elle se perd au contact des “rumeurs du monde”.
De plus, dans la description du mode de vie trappiste (qui conserve un idéal monastique de discipline), le “grand silence” désigne des plages où la communication est réduite, ce qui correspond à une volonté de régler les impulsions et de favoriser la paix intérieure.
Sur le plan “longévité / qualité de vie”, ce type de discipline agit surtout comme facteur protecteur :
Ce n’est pas une promesse médicale, mais une logique de prévention au niveau humain et spirituel, conforme à l’idée que l’âge avance mieux quand l’environnement et l’éducation à l’hygiène de vie sont cohérents.
Un des points les plus nets dans la réflexion de l’Église est le rôle de la communauté face à l’isolement. Jean-Paul II explique que, dans les pays industrialisés, l’évolution sociale a souvent conduit à confier la personne âgée aux structures publiques, lesquelles — malgré de bonnes intentions — ne parviennent généralement pas à surmonter la barrière de l’isolement psychologique, ni le risque de marginalisation familiale.
Or la vie monastique est, par nature, une vie non isolée :
Le document sur la vie fraternelle en communauté insiste aussi sur l’importance de la vie commune équilibrée : un programme de vie “solide, flexible et engageant” doit promouvoir l’équilibre entre prière et activité, et prévenir les dangers d’isolement.
Même une vision plus historique, chez Newman, présente le monastère comme une “maison paternelle”, où l’on grandit et où l’on “vit et meurt en présence des frères”, ce qui suggère un tissu affectif et spirituel continu.
Le texte Fraternal Life in Community consacre un long passage aux religieux âgés et montre comment leur présence peut être positive pour tous. Un religieux âgé qui ne se laisse pas vaincre par les limites de l’âge, et garde joie, amour et espérance, est présenté comme un soutien précieux pour les jeunes. Les anciens apportent un témoignage, de la sagesse et une prière qui encouragent sans cesse.
Surtout, le même texte indique une perspective de continuité :
Cette approche a une portée directe sur la longévité au niveau de la qualité de vie : elle évite l’abandon, le sentiment d’inutilité et l’errance affective — trois facteurs que la réflexion de l’Église relie à la fragilisation de l’âge.
Parfois, la question du vieillissement touche à la survie même des communautés : le document sur la vie fraternelle évoque des monastères qui souffrent d’un manque de vocations, vieillissent, et deviennent progressivement incapables de vivre selon leur vocation propre. Le texte souligne alors l’importance de solutions de communion (fédérations, union, fusion), parce que la fidélité à la vie contemplative exige de ne pas laisser la communauté sombrer dans l’extinction ou l’épuisement.
Cela joue indirectement sur la longévité : une communauté qui s’effondre ou se vide risque de produire :
À l’inverse, des structures de communion et une stratégie pour maintenir la vocation contribuent à préserver un environnement où les anciens ne sont pas laissés “hors du cercle vital”.
Dans la perspective catholique fondée sur ces textes, la vie monastique influence la longévité surtout en favorisant des conditions qui améliorent la qualité de la vie : cadre stable, silence et maîtrise intérieure, prière et sens, vie commune contre l’isolement, préparation et accompagnement du vieillissement, et fidelité institutionnelle pour éviter l’épuisement ou l’abandon.